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Emprisonné par ces délires répétés, je cherche une issue qui me mène à la réalité. J'entends un cri loin de moi...plaintif, aiguisé, il se dirige vers le ciel. En levant les yeux on y perçoit les douleurs des êtres humains. Je me reconcentre, pour éviter l'explosion de mes désirs vicieux. Et les yeux fermés, j'aperçois ma femme au seuil de notre maison blanche aux volets bleus. Elle tient notre bébé dans ses bras, et me fait un grand signe de la main avec un beau sourire. Je réalise que tout cela n'est peut-être pas si loin.
Il faudra passer par diverses étapes éprouvantes...comme si à chaque pas le brasier se faisait de plus en plus chaud sous les pieds; comme si on avait l'impression que notre but s'éloignait au fur et à mesure que l'on avancerait. C'est là qu'il faut de la volonté, de la persévérance. On pense que ce sont les derniers souffles de notre existence, alors qu'ils ne sont en réalité qu'une transition vers l'état de grâce. On est confronté aux sourires gênés, aux chuchotements dans le dos, aux réactions craintives. Et pourtant au fond de nous on y croit, seul, mais terriblement fort. Parce-que cette libération, c'est tout ce que l'on veut.
Je songe à ma dépendance...cette gêole noire, exigüe, sale et putride. Pas d'air, pas de lumière. Debout au centre de la pièce, je transforme en un souffle ce qui m'entoure: le plafond humide et bas est en fait un ciel bleu parsemé ci et là de jolis nuages blancs où s'amusent à "voldanser" des dizaines de petits oiseaux blancs au bec large; les murs noirs qui m'encerclent sont une foule immense, et tous ces gens sont mes amis. Proches, la main sur le coeur, ils sont vêtus de jaune, de vert, de bleu, de rose, et affichent tous sur leur visage un air vif et rieur. Le sol dur et crevassé sur lequel je dors est un tapis d'herbe fraîche et épaisse qui réveille mes joues lasses de sa rosée doucement surprenante. Et le paysage qui s'ouvre à mes yeux à chacun de mes réveils est toujours éblouissant: un jour une cascade immense, fraîche et animale, mais qui ne produit pas un son. Le lendemain, ce sont des arbres en tous genres (séquoïas, oliviers, saules pleureurs...) qui tournent en rond jusqu'à se mélanger, pour enfin se séparer et m'inviter à les escalader un à un. "Qui de nous est le plus grand?" Le jour d'après, je me lève pour poser pied sur un arc-en-ciel un peu glissant et contempler sans disgrâce la beauté du sous-sol.
Si jamais j'ai envie de sortir de ce cube, mon esprit me ramène à la réalité, et je vois cette cage telle qu'elle est vraiment. Je me rends soudainement compte que je suis isolé dans cette
horreur, torturé, prisonnier. Je me rends compte que non seulement je ne suis pas comme les autres, mais je me trouve aussi très loin d'eux. Mon existence s'éteind de leur coeur, de leur
quotidien. Elle s'évapore loin de leur regard. L'isolement ne se fait plus uniquement par le biais du caractère physique: il prend réellement vie quand mon prénom, mon visage, mon identité dans
son intégrité s'effacent de leur mémoire. Comme ces centaines de noms que l'on lit sur les pierres tombales et autres monuments aux disparus de guerres et que l'on oublie à l'heure de l'apéro au
bistrot du coin. Sauf qu'eux, ils ont encore la roche pour laisser une trace, une preuve. C'est bel et bien un cercle vicieux (et je pèse le mot) qui encercle ma personne; car c'est à ce
moment-là, quand je sais que je n'ai plus personne, que le mieux est encore de reprendre la bouteille, de tirer sur ce joint. Non pas pour la beauté artistique du geste mélodramatique, mais
parce-que la soif étanchée et les yeux un peu gonflés, je peux encore me permettre de sourire à mon mirroir. J'y vois ce visage flouté aux pupilles paumées qui se répète face à lui-même qu'au
fond, il y a encore de l'espoir pour demain. Tant que je n'ai pas envie de mourir, tant que je sais vivre de belles choses, les savourer jusqu'à leur ossature, quitte à ce qu'elles se fassent de
plus en plus rares, je peux prétendre que ma journée n'a pas été si inutile que cela. "Demain, j'arrête?". Non. Demain, j'en ferai juste un peu moins.
Nico Kapa
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