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Dans l’appartement situé au dernier étage de l’immeuble pénétrait par la fenêtre ouverte une douce chaleur estivale, de celles qui vous enveloppent le corps et vous font sentir apaisé, un peu libéré. C’était une de ces nuits parisiennes féeriques… les artistes parcourent les rues, démontrent tout leur talent, émerveillant les passants, les terrasses abondent de bouches sèches voulant se rafraîchir, la lumière est partout, réveillant l’inspiration magique des bonnes âmes prêtes à se donner… on a de l’espoir, prêt à s’envoler au moindre souffle ; les grandes façades, sombres majestés imposantes, semblent protéger cette atmosphère particulière, elles emprisonnent le bon sentiment de ces intelligences retrouvées.
Dans la chambre bleue, l’encens accentuait cette impression de légèreté. Les sens en éveil, je regardai autour de moi, analysai les reproductions de Picasso illuminées par des spots les surplombant, ainsi que les photos de Doisneau et les masques africains rapportés du continent. Tout ce mélange de styles dans la même pièce me donnait quelque peu le tournis. Heureusement, Eva revînt enfin de la cuisine, une bouteille de vin rouge et deux verres dans les mains, et la vue de son doux visage me rassura. Elle était splendide. Sa robe noire lui moulait tout le corps. Ainsi, je voyais ses grandes jambes fines, ses cuisses parfaites, et ses petites hanches finir une chute de reins qui était l’harmonie incarnée. La maigreur de son ventre était annihilée lorsque je remontais sur ses seins, fruits parfaits à l’aspect appétissant ; on voudrait croquer dedans et en boire tout le jus. Son cou blanc, souple, et chaud comme les flammes, descendait sur des épaules exquises, là où sa peau attendrissante invitait aux baisers. Elle avait lâché ses longs cheveux blonds, insistant ainsi sur sa liberté d’être la femme qu’elle désirait. Son visage était légèrement maquillé ; ce sont surtout ses lèvres qui ressortaient, teintées d’un rouge timide et séduisant. Ce faciès était la réunion de la beauté et de l’intelligent développement artistique du physique. Elle savait ce qui plaisait aux hommes, et en jouait un peu. Maligne, elle en devenait encore plus attirante.
Nous nous assîmes sur le lit recouvert de draps, bleus eux aussi. Je me saisis de la bouteille et servis les deux verres. Après avoir trinqué à notre solitude, un silence s’installa. Pas un silence gênant, non ; c’était la paix de nos cœurs, inspirée par le fait de se retrouver là, tous les deux seuls, qui parlait de toute sa vérité, et nous sentions ce calme absolu, cette face cachée de notre partie humaine prendre le dessus sur les mots. Elle me regardait avec son petit sourire en coin, celui qui vous donne de la tendresse, et vous aspire vers elle. « Tu veux fumer ? » me dit-elle, à quoi je répondis « Oui ».
Cinq minutes plus tard, nous étions étendus l’un à côté de l’autre. Elle tenait le joint entre deux de ses doigts, et tandis qu’elle fumait, je la regardais faire, et je me demandais comment je pourrais faire pour être aussi sexy qu’elle juste en tirant sur ce talisman. Celui-ci dura vingt bonnes minutes, toujours dans un silence complet. On n’entendait que le souffle sortant de la bouche pour extraire le produit. Quand j’écrasai le mégot, nous nous regardâmes un moment, souriant bêtement. Complexé par mon attitude désinvolte et passive, je détournai les yeux pour reprendre une gorgée de vin. Elle me saisit le bras au moment où je le tendais pour me servir. Surpris, je replongeai dans son regard pour comprendre. Elle s’approcha doucement de moi, continuant à me fixer dans les pupilles, et colla ses lèvres aux miennes, dans un instant de pure folie sensuelle. Je sentis sa chair tendre et rouge me donner des baisers, puis elle ouvrît un peu plus sa bouche, et sa langue chaude se mît à jouer avec la mienne. C’était un vrai délice, un de ces baisers passionnés où rien ne compte plus que les deux êtres concernés, et le respect (dans ce cas essentiellement physique) qu’ils se portent mutuellement.
De nos lèvres, ce furent ensuite nos corps qui se frottèrent. Ses seins contre mon torse, mon érection incontrôlable entre ses cuisses. Mon cœur s’emballait, mais pouvait-il en être autrement ? Je la désirais tant, dans la furtivité de l’instant, que j’en étais obsédé. Et pourtant, c’est bien elle qui me déshabilla la première, violemment, dans un élan instinctivement animal, tout fait de brutalité dévergondée. Une fois nu, je fis évidemment de même avec elle, et je pus enfin déguster l’intégralité de son corps, profiter de la femme entière qui se donnait à moi. Je descendis petit à petit vers son entrejambes, semant sur mon passage de doux baisers qui me tracèrent le bon chemin. Alors, je posai ma langue sur son clitoris, et commençai à la faire tourner sur ce bout de chair si délicat. Dans le même temps, je lui massai les seins, pour qu’elle sente que j’étais partout à la fois. J’avais le pouvoir, j’étais un mâle dominant dont la seule langue était facteur de la jouissance de l’autre. Elle gémissait de plus en plus ; puis elle se mît à crier, secouant tout son corps de tous les côtés, et je la serrai bien de mes deux mains pour la maintenir sur terre dans son envol. Quelques secondes plus tard, elle s’apaisa, respirant plus calmement, essoufflée. Je la léchai encore un peu, pour achever l’acte, avant de revenir sur elle et de me rendre compte que son corps était bouillant. Je récupérai sa langue dans ma bouche, et enfonçai mes doigts dans son sexe humide, tournoyant à l’intérieur, comme si je devais laisser une trace sur chaque parcelle de ses parois. Je la sentis désormais très excitée, et je me décidai donc. Je la pénétrai tout doucement, et l’immédiate sensation de chaleur remplit mon corps de plaisir. Je la regardai droit dans les yeux, dans ces va et vient plutôt tendres et langoureux. Elle agrippa mes fesses de ces deux mains, et m’enfonça en elle au plus profond, d’un coup brusque. Elle avait envie de sauvage. Alors, j’allais de plus en plus vite, saccadant chacun du final de mes allées pour qu’elle me prenne entier, jouissant le plus fortement possible. Etre entre ses reins était pour moi un privilège, et je me le rappelai à chaque poussée. Celles-ci devenaient véritablement violentes, et au fur et à mesure que cela augmentait en puissance, tout se mettait à tourner autour de moi. Elle hurlait à s’en époumoner, sans retenue, tandis que j’avais peine à réfréner mes symptômes d’homme en pleine satisfaction : la bouche ouverte dégageant une respiration irrégulière, le corps légèrement tremblant, les spasmes au niveau des cuisses, et l’envie d’aller plus loin encore. Mes mains l’enveloppaient, et elle s’agrippait aux draps. Dans ses bras, je me sentais un autre, un peu comme ces héros d’un autre temps qui n’avaient aucun complexe et qui savaient séduire de par leur seul aspect. En elle, je pouvais tout, il n’y avait pas de limites, toutes les portes m’étaient ouvertes. Et je la pris donc entièrement, derrière elle, avec force et passion. Nous aimions cela, nous nous serrâmes les mains, pour affirmer que tout ce chaos de plaisir était bien réel. Enfin, je sentis que j’allais venir, et je me saisis de tout son corps pour le faire avec elle. Ensemble, nous poussâmes un dernier cri pendant que mon sexe se vida en elle, et en cet instant mon corps explosa de soulagement. Je m’écroulai dans ses bras, à côté d’elle. Elle me baisa le front. Nos corps devaient à présent se reposer, et nous allumâmes chacun une cigarette. En fumant, je repensai à tout cela, et j’en tirai quelque chose de merveilleux, de sublime. Oui, j’avais atteint le sublime, et ce grâce à elle. Je lui embrassai la joue, comme par remerciement. Nous ne parlâmes pas. Elle s’endormit. Moi, je n’y arrivai pas, et je me sentais désormais inutile. Je me rhabillai, et de la porte de la chambre, je la regardai une dernière fois, nue sous sa couette, paisiblement rêveuse. « Perfection, quand tu nous tiens… », Pensai-je. Je parvins enfin à lui dire adieu, je lui tournai le dos et m’en allai. Je ne la revis plus jamais.
Nico Kapa
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