Partager l'article ! Arc-en-ciel: Ce matin de l'hiver 2000, je m'enferme dans ma salle de bain pour me piquer. "Nicolas, tu vas être en retard!" entends-je du salon. ...
Ce matin de l'hiver 2000, je m'enferme dans ma salle de bain pour me piquer. "Nicolas, tu vas être en retard!" entends-je du salon. "J'arrive maman!". Je dépêche l'acte, baclant cette première défonce de la journée qui d'habitude est si agréable. J'embrasse ma mère, et je file prendre mon bus. Durant le trajet jusqu'au lycée, je savoure mon évasion au son du mythique "Life is peachy" de KoRn. Et à travers cette expression d'une douleur intenable, je pense à mon père, à son inguérissable alcoolisme, à nos disputes, à sa chute...
Arrivée au bahut, j'ai vingt minutes à tuer avant que les cours ne commencent. Magalie et moi nous cachons dans les toilettes filles du dernier étage de l'établissement. Personne à l'horizon. On sort le whisky et la coke. Délires, fous rires, tendres baisers et quelques attouchements. On est jeunes, on s'en fout. La cloche retentit; un dernier bisou, on se retrouve pour le déjeuner mon amour.
Les cours m'ennuient, et entre chacun d'entre eux je cale un aller-retour aux w.c. pour prendre tout ce que j'ai amené: LSD, coke et héro. Pause déjeuner, enfin. Avant de m'engager dans la file d'attente avec Magalie, j'ingère un dernier ecsta. C'est bon, on peut y aller.
Une fois à table, je n'ai pas faim mais très soif; tout le monde est bavard et moi muet. Je ne sais pas ce qui se passe, je plane trop pour réaliser. Je suis seul dans mon monde, dans mes pensées, et tout ce que je vois est différent, changé. Le ciel est noir, les tables en bois rongé, l'eau est rouge sang, et ceux qui accompagnent mon déjeuner ont la peau violette. Je tente de me calmer, ça va passer.
On sort pour fumer une cigarette. J'angoisse, j'ai chaud, je transpire.
-"Tu es tout pâle."
-"Mag, prends-moi dans tes bras."
Je commence à trembler. "Viens, je t'emmène à l'infirmerie." Elle me soutient par le bras, et l'on se dirige vers la porte d'entrée du foyer par lequel il faut que l'on passe pour rejoindre le rez-de-chaussée. Tous les élèves du lycée sont là. On entre dans le foyer, et la chaleur changeante me monte au cerveau. Je m'évanouis, je tombe. "Nicolas!". Tous regardent abasourdis, mais d'aucun ne bouge. "Aidez-moi!". Enfin, trois gaillards terrorisés se précipitent pour me soulever et me porter jusqu'à un canapé sur lequel ils m'allongent. Le proviseur arrive, suivi de mon professeur de Français. Je la sens se pencher sur moi, j'entends sa voix, elle m'appelle, mais je n'arrive ni à ouvrir les yeux, ni à parler, et je n'ai aucun pouvoir sur mon corps immobile. D'un coup, je commence à convulser. Mes gestes sont très brusques, et je donne des coups invonlontaires de part et d'autres. Personne n'arrive à me contrôler, quand finalement cinq pompiers font leur entrée dans la salle. Ces derniers s'allongent sur moi pour m'empêcher de bouger, tout en protégeant mon crâne d'un choc quelconque. Ils pensent de suite à une crise d'épilepsie, mais suite aux déclarations de l'infirmière précisant que je n'ai pas d'antécédent, ils appellent Magalie pour lui poser des questions. "A-t'il pris de la drogue?!". Elle hésite. Ils réitèrent leur demande, plus fort, pressés par mon agitation de plus en plus violente. Magalie me regarde et craque: elle leur déballe tout. Les cinq pompiers se fixent, puis dirigent leur regard vers le proviseur. "Overdose!". La rumeur se répand rapidement dans la foule derrière les vitres du foyer, et les six cent élèves hallucinent d'assister à une 0.D. au sein de leur propre lycée. Cela ne fait pas partie de leur monde. Ils croient que l'on ne voit ça que dans les films. Et bien non, il fallait bien qu'une ordure apporte son mal dans leur univers.
Les cinq sauveurs sortent leur matériel, ils se précipitent. Soudainement, j'arrête de bouger, totalement. "Nicolas, tu nous entends?". Pas de réponse. L'un d'eux penche son oreille contre mes lèvres. Il écarquille les yeux et se relève brusquement: "Pas de souffle! Arrêt cardiaque!". Magalie hurle et se met à pleurer, hystérique. On me fait un massage cardiaque et du bouche-à-bouche. "Vite, on l'emmène!". On me pose sur un brancard, direction l'ambulance. Sur le trajet de l'hôpital, ils font tout pour me réanimer. Jusqu'à ce qu'enfin, au prix de leurs efforts si nombreux, je respire à nouveau. C'est bon, je suis sauvé. Les héros se félicitent, se tapent dans la main. Moi, je suis toujours inconscient.
Je sens des picotements dans tous mes membres. Mon corps est lourd, très lourd. Je suis allongé. J'ai mal à la tête et une forte envie de vomir. Il fait noir. Mais oui, j'ai les yeux fermés, je suis en train de me réveiller. J'ouvre ceux-ci doucement. C'est flou, mais je distingue une forte couleur blanche. Je veux bouger, mais je m'aperçois que mes bras et jambes sont attachés à un lit. Enfin je vois de mieux en mieux. Je distingue face à moi un mur uniforme sur lequel se meurt un tableau particulièrement laid reproduisant un orme en été, et une chaise. Je suis dans une chambre d'hôpital. Je tourne la tête vers ma gauche, et là, je vois ma mère, les yeux rouges et le visage sévère. Je me souviens de tout. "Maman, pardon...pardon."
Nico Kapa
Derniers Commentaires